Nada
Le projet nada est une réflexion sur l’utilisation du mot et le déferlement des messages publicitaires dans nos sociétés contemporaines. Nous sommes entourés de mots, dans tout notre quotidien. Messages sur les panneaux publicitaires, les murs, les façades, les fenêtres, les sacs, les bus, le métro, les camions, les routes, sur les terrains vagues, à la télévision, dans les journaux …ce flux permanent nous porte à un degré de saturation où les mots finissent par se vider de leur sens. D’ordinaire, nous percevons les informations avec nos cinq sens. Pour autant, je pense que nous sommes devenus imperméables aux stimuli vides tant les mots envahissent notre espace public. Celui-ci est devenu un lieu de marché, provoquant une contamination visuelle sans précédent. Je me suis aperçu qu’il est quasiment impossible de trouver un espace vide de tout message. Les mots ne sont plus le moyen de nous transporter dans une sphère de pensée et réflexion et se perdent dans le grand vide communicationnel de la publicité. L’évidence de ce nada est récurrente, de Barcelone à Pékin et de Mexico au Caire. Et je constate que, même si les contours de la problématique peuvent varier, la réalité tangible reste toujours la même. Les besoins sont devenus globaux et stéréotypés, malgré des spécificités régionales parfois criantes. Avec ce projet, j’ai exploré ce territoire de « la vacuité du mot ». J’ai cherché à illustrer clairement et froidement le vide conceptuel dans lequel nous évoluons. Le nada apparaît constamment, pas seulement pour exprimer le vide et la non-existence mais aussi pour emplir de sa présence notre environnement visuel. Ainsi, il cherche à ouvrir un axe de réflexion ; sortant du silence, il est un cri vers plus de questionnement. Quelle sera notre réaction face à la prise de conscience de ce nada? Son message, bien que vide, en principe, vise à une reconsidération urgente de notre coexistence avec les mots.
Aleix Plademunt
Espacios comunes et Espactadores
Les deux séries – Espacios comunes et Espactadores appartiennent à un projet vital questionnant le rapport de l’homme à l’espace. Je m’intéresse à l’immensité des espaces et leur magnificence. La nature nous environne et l’homme n’a de cesse de l’abîmer. Il ne reste plus d’espace vierge : aussi loin que nous puissions regarder, les paysages portent toujours une trace du passage humain. L’homme crée en permanence de nouveaux matériaux, compulsivement, oubliant leur devenir obsolète quasi-immédiat pour assouvir une soif intangible de progrès. Routes et chemins, habitats, villes, voies de communication, de distribution énergétique… une liste sans fin et en constante croissance d’éléments éphémères. L’abandon est impliqué dans tout processus de création. La plupart de ces objets seront oubliés, bien que nous cernant toujours, à l’instar de cette camionnette à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer et sans aucune trace humaine à 200 km à la ronde. Le monde est devenu son propre cimetière. Le paysage est notre langue maternelle. Notre premier moyen de communication, avant les premiers signes et les symboles. La langue du paysage peut être lue, parlée, écoutée, imaginée même. Tout ce que nous générons dans le paysage parle de nous, nous raconte. Le site archéologique de Palenque (Mexique) décrit une société qui a disparu il y a des millénaires de même que nos routes, nos immeubles, les câbles électriques abandonnés, les déchets nucléaires et les matériaux non-recyclés décriront un jour notre génération. Cette sélection photographique narre les subtilités, dans toutes leurs nuances, de l’intervention humaine sur son milieu. Tous ces éléments qui heurtent de la façon la plus simple, la plus anodine.
Aleix Plademunt
Barcelone, 2008 |
