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ALLEGORIES
Sculptures
Techniques mixtes

 

Maltraiter le jouet, le mettre en situation décalée avec l’image qu’il véhicule, afin de participer modestement à ce que Victor Burgin appelle "la guérilla sémiotique." C’est à dire sortir les signes et codes sociaux de leur contexte dans le but de  provoquer une réaction chez des gens que plus rien ne choque, à force de trop de misère montrée et exposée entre deux pages publicitaires vantant les mérites de produits “ indispensables et super géniaux”. Le mélange de deux mondes, celui du jouet, symbole de notre société infantile obsédée  par l’éternelle jeunesse, et de la machine, véritable révolution qui transforme l’homme face à l’univers, représente la mise en forme d’un discours critique voire ironique sur notre société du "tout-technologique."

 

 « Day Dream nation » (le Mickey)
2008, 70x50x40cm   


Un Mickey au corps d’acier se comporte de façon rustique avec la Terre.
Cette allégorie est une critique de la mondialisation. Le fait que la Terre entière soit  devenue un terrain de jeux et de pouvoir pour les quelques dizaines de multinationales qui utilisent la mauvaise répartition des richesses du globe pour produire "pas cher" une marchandise vendue "très chère" ailleurs. Nous pouvons rajouter à cette critique une petite connotation écologiste, la Terre devenant la matière première de la surproduction en négligeant la fragilité des écosystèmes, la survie de nombreuses espèces animales et végétales. La Terre n’est plus un habitat avec ses particularismes mais un moyen de production constitué de nombreux et variés agents économiques.
Est critiquée également ici la standardisation culturelle, c'est-à-dire le fait qu’un enfant asiatique, indien, européen ou africain ait grandi en regardant les mêmes séries télévisées  véhiculant des valeurs morales et éthiques semblables et surtout  très proches de l’American way of life. C’est ce que dira Roosevelt en 1945 : «  nos ne voulons pas envahir le monde mais simplement proposer un certain mode de vie ». Le Mickey est l’icône parfaite  de cette standardisation. Quant au corps en pièces mécaniques, il représente l’énorme développement technologique qui a permis la mondialisation.
Le titre, « Day Dream nation », est le détournement d’un nom d’album du groupe Sonic Youth produit en 1986, bien avant la chute du bloc de l’Est, qui parle du jour rêvé où le capitalisme n’aura plus l’entrave soviétique pour envahir le monde.

 

« La  rivoluzione siamo noi » (le nounours)
2009, 70x40x30 cm


Un nounours, scintillant de mille pièces d’aluminium, joue jusqu’au déséquilibre avec un euro-dollar-yuan. D’ailleurs, le mouvement et l’attitude ne sont pas clairs. L’espace vide entre le symbole et la patte fait que l’on ne sait pas si le nounours porte l’euro-dollar-yuan  ou essaye de l’atteindre. Certains y voient également une attitude martiale comme si le nounours défilait, brandissant l’étendard de notre système. Quoiqu’il en soit le nounours est de toutes façons à la limite du déséquilibre, au dernier instant avant la chute, l’effondrement.
Le sujet concerné ici est bien sûr la course aux profits et la crise financière de ces dernières années. Avec l’informatisation qui permet d’intervenir dans toutes les places boursières d’un simple "clic", la complexification mathématique des produits financiers, tel la titrisation, les LBO (Leverage Buy Out, c'est-à-dire l’achat de titre par le moyen d’une dette qui sera remboursée par les profits futurs), le monde de la finance est rentré dans une spirale de l’excédent de bénéfice, surfant sur un taux de croissance  artificiel des cours qui ne reflète plus les actifs réels de l’économie. L’euphorie du dividende a aveuglé un système financier qui n’est plus au service de l’économie et de l’emploi.
Mais cet aveuglement  ne touche pas uniquement la haute finance,  elle concerne également les milliers de foyers surendettés, infantilisés par les médias et  les organismes  de crédit qui poussent  à  consommer sans modération,  sans délai et sans fin.
Le titre, «  nous sommes la révolution » en italien est le détournement du titre d’une œuvre de Maurizio Cattelan qui se moque de l’attitude anticapitaliste de Beuys. Ici c’est l’euro- dollar- yuan qui est la révolution.

 

« Sans titre » (le lapin)

2009, 60x50x30 cm

 

Au sujet du "Allah has no face", c'est bien sûr en référence à l'affaire des caricatures de Mahomet au Danemark et avec le Canard Enchainé l'année dernière. Une certaine volonté de se jouer de cette interdiction, de cette fatwa scandaleuse qui condamne à mort celui qui représente  Dieu et le Prophète.
J'avais été  également très choqué   par  l'histoire des Versets Sataniques où son auteur Salman Rushdie avait été sérieusement menacé, obligé de changer de vie, bafouant ainsi les libertés les plus élémentaires, celles de l'expression, tout en sachant la tolérance et l'ouverture d'esprit de l'Islam modéré du Prophète. 

De plus et c'est là où il y a vraiment provocation, nous constatons que le lapin non plus n'a pas de visage; donc Allah serait-il le lapin?

Bref, de façon plus globale, j'appuie sur ce retour hallucinant de la morale religieuse depuis quelques années (toutes religions confondues) notamment dans les banlieues avec l'Islam,  mais également aux US avec les évangélistes, les créationnistes où chacun se fanatise où le thème devient tabou, les discussions délicates presque interdites.
  
Mais le discours va plus loin, cette phrase sort d'un flingue doré, ce qui pourrait symboliser la puissance militaire et économique de l'occident  qui intervient au Moyen-Orient sous couvert de liberté et de démocratie afin de contrôler le pétrole. Je me joue de cette guerre économique entre ces deux civilisations qui devient une guerre de religion fanatique car les évangélistes américains n'ont rien à envier aux extrémistes musulmans.

Bref, sujet délicat, propos très ambigüe (même si cette phrase n'a rien d'insultant) et j'adore l'ambigüité. 

Enfin et surtout j'ai mis "sans titre", afin que la phrase tabou reste discrète, afin que le spectateur soit attiré par l'esthétique brillante et mignonne du lapin et soit il ne voit pas la phrase et reste sur sa première impression (c’est ce qui se passe le plus souvent dans les expos) soit il regarde le drapeau et son attitude face à l'œuvre change.
Je mets une connotation politique  et sulfureuse à une jolie pièce tout en rondeur et en brillance.

 

 

Textes d'Alexandre Durand

 

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