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Villes aveugles

 

Je prends pour sujet les cités que j’estime être un nouveau symbole urbain. Autrefois la ville était dominée par le clocher de l’église, image de paix et d’unité ; aujourd’hui se sont multipliées les tours des cités, figures de violence et d’isolement.

Ma série Les villes aveugles propose deux axes de lecture : la dimension plastique et esthétique, cruciale à mes yeux, et l’allégorie des maux des cités. 

Sur le plan esthétique, j’utilise le principe de la transfiguration du réel. Je me reconnais volontiers dans les mots de Baudelaire : « donne-moi ta boue, j’en ferai de l’or ». Ne dit-on pas des banlieues qu’elles sont laides, sordides et dangereuses ? Je prive les bâtiments de ce qui en fait des habitations modernes : les ouvertures. Ainsi émergent de monumentales structures urbaines,  totems contemporains ou éléments minéraux démesurés, dérive archaïque vers les citadelles médiévales, silhouette guerrière des blockhaus.

La transfiguration génère une métaphore sémantique de la violence qui règne au sein des cités ou qui en émane, image hyperbolique  du ghetto. Les villes aveugles sont aussi un questionnement visuel sur le concept « d’ouverture ». Il n’y a ni entrée ni sortie, il y a rupture des échanges, hermétisme, immobilisation des consciences.

Je ne condamne ni les cités, ni les gens qui y vivent, ni ceux qui les rejettent. Je fais un état des lieux qui tient compte de la multiplicité des points de vue. Le résultat se veut neutre politiquement mais émotionnellement impliquant.

Non seulement ma série assume, mais revendique son ambivalence. C’est un  enchevêtrement de fiction, de symbolisme et de reportage.

 

Louis Delbaere

Paris, juin 2008

 

 

 

 

Concept : jouer club play club

 

Dans cet univers d’enfant, j’ai eu la sensation d’un lieu oppressant où la surproduction nous submerge. Les rayons me semblaient surchargés à tel point qu’ils en devenaient abstraits et écrasants. Je trouve que la volonté d’en exposer toujours plus, métamorphose le rayon de jouets en murs d’objets étranges. Indifférenciables les uns des autres ils s’enchevêtrent et nous happent dans des couloirs au sol rouge sang. La série tente de retranscrire, par des réinterventions numériques, cette sensation étrange qui m’interroge : n’a-t-on pas sacrifié le féerique du magasin de jouet au profit de l’exposition frénétique et déshumanisée de produits? 

 

Louis Delbaere

Paris, octobre 2007

 

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