L’ère de la reproductibilité technique est l'intrusion d'un pouvoir exogène décidé à pénétrer le champ de l'art pour mieux assujettir le monde.
Walter Benjamin
In L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, 1935
Il faudrait commencer par un inventaire hétéroclite pour saisir tous les domaines qu’Alexandre Nicolas aborde : des fœtus, des super-héros, des poules de luxe, des cœurs, des crânes, des vanités, des objets, des jetons, de l’argent, une armée de petits soldats… la liste est bien plus longue tant sa curiosité et son regard sur notre époque sont à vif.
De plus, si ce travail suscite bon nombre d’interrogations, ces œuvres se placent aussi au cœur du débat plus vaste de la frontière entre l’art et de la technique.
Chacun des sujets que l’artiste traite ou dénonce est à la fois un symbole et un prisonnier. Mais ce sont aussi des détournements, plein d’humour, des icônes de notre enfance ou des jeux de mots, parfois des hommages.
Triomphants archétypes de notre époque, les super-héros, réduits à l’état de fœtus, n’évoquent-ils pas l’eugénisme présent dans nos sociétés, comme des slogans, des étendards d’une science dominante…choisissez quel héros vous allez mettre au monde ? Lequel vous ressemble ?
Est-ce la naïveté d’une armée bien inoffensive de petits soldats ou un virus funeste ? Virus humain ou informatique, les dégâts seront les mêmes…
A chaque fois, avec chacune des inclusions, nous sourions et nous sommes bousculés par cette pureté de la matière et le sarcasme du propos, par cet objet flottant dans la résine et en même totalement emprisonné par la technologie, livré à notre regard critique et nous convoquant comme un miroir de notre société de consommation!
Le philosophe allemand Walter Benjamin en forgeant son concept de « l’aura » dans l’art, nous disait que c’est au moment de sa destruction radicale par les techniques de reproduction industrielle que l’aura artistique devient visible à l’œil moderne. Alexandre Nicolas ne cesse de le rappeler, son travail est aussi une démarche de technicien et au-delà. En effet, son art naît de son rapport ambigu à la production de ses œuvres qui finit par s’imposer comme une vraie « tekhne » contemporaine.
Chez lui, l’art est soumis aux contraintes « industrielles » et la technique est asservie à la fragilité capricieuse des œuvres d’art…ce dialogue est permanent et angoissant : chaque pièce réussie est une victoire sur la technologie.
Mathias Coullaud
mai 2009
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