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Entre design artistique et sculpture loufoque, NOART, façonne ses oeuvres à coup de robinetterie, de tuyauterie et de manomètre. Un véritable hommage à l’univers industriel.
Fasciné depuis son enfance par le monde des machines, Noart s’attache à recréer un monde métallique et imaginaire où le travail de « la main de l’homme » prend une place centrale. Un regard artistique qui trouve dans l’industrie, un intérêt esthétique. « Une trace de moisissure sur un carrelage du métro est pour moi synonyme de beauté ». Son premier travail, portait justement sur un constat photographique de parcelles de murs rouillés ou abîmés.
Depuis ses sculptures se sont emparées de la matière pour devenir de véritables objets, en volume. Tables, chaises, miroirs ou encore luminaires, ses oeuvres d’art peuvent désormais servir, un “alibi” selon l’artiste. Adeptes des matériaux nobles, cuivre, laiton ou zinc, Noart travaille beaucoup à partir de récupération. Croquis, puis dessins sur ordinateurs et le métal prend forme, animés de robinets, de plaques signalétiques en tout genre et également de mouvements. Depuis dix ans, Noart travaille son univers “julesvernien” dans son atelier d’Alfortville.
Manufacteur d’art mais également de rencontres, Noart est un artiste qui s’enrichit continuellement de l’extérieur et travaille souvent dans une « énergie de groupe ».


Marion Grassi

 

 

 

 

UNIVERSITÉ PARIS-I . PANTHÉON--SORBONNE
ARTS PLASTIQUES – SCIENCES DE L’ART


Structure des matériaux
Structure d’une société d’artistes contemporains


Sous la direction de Monsieur Michel SICARD
Professeur des Universités


Thèse de doctorat présentée par Bernard TROUDE


Rencontre avec Arnaud Lucet dit « Noart »


Le dessin précis et les expressions d’art visant une fluidité et différents passages du temps, des assemblages, des métamorphoses d’objets trouvés reconstitués se mêlent pour notre lecture. Immédiatement, nous spéculons sur une attraction de l’auteur vers la plomberie, pour la mécanique des fluides et des sons. Nous raisonnons vannes, système et axe filaire, bar, pression, etc…. Ne serions-nous pas dans un aéronef, navire, sous-marin ou salle de contrôles des machines bien avant cette ère de l’informatique où tout se résume à des « terminaux » ? Là où il ne s’agit que de savoir lire alors qu’ici, ce qui nous est raconté, demande que nous soyons des professionnels. Les téléphones n’ont rien de numérique et incitent aux gestes que nous appelions naguère : « prendre le combiné ».
Rien de XXIème siècle, nous sommes juste décalés.


(…)
Les thèmes abordés1, ensemble, vont du délire commun à des jouissances collectives et fugaces (j’y ajouterai des plaisirs solitaires onanistes face à des interdits et des communautés), nous mettant devant des gravités réelles de la planète ; notre terre est en danger imminent et la première des protections serait de se préserver du manque d’eau2. Le constat de surconsommation, de cette rébellion propre à « la récup’ » est une fois de plus établi et nous restons sur cette problématique : pourquoi un ÊTRE citoyen, dans son pouvoir artistique, va-t-il se pencher sur ce que ces congénères vont rejeter. Les attirances pour ce qui traîne


1 Pour mémoire, voir les questions envoyées au préalable à tous mes entretiens.
2 Noart travaille ce sujet de l’eau comme terrain de réaction du citoyen et sort de ces pensées en proposant des bases d’une réflexion artistique avec « la bouteille d’eau du robinet », le robinet de récup en porte habit intitulé « pater noster » qui lui permettent de proposer des éditions d’objets ç tirage limité. Toute une série de pièce sur ce thème sera exploitée.


dans la rue, pour ce qu’il découvre en déambulant vont le « mettre en lumière » « EN PLEINE LUMIÈRE3» et faire valoir une empreinte particulière.
Nous n’avons toujours pas cette réponse à la question : pourquoi ces tuyaux de cuivre restés en l’état de couleur repérable, ces cadrans et ces manomètres très techniques, ces vis et écrous, ces gros fermoirs industriels, ces vannes-robinets qui ne sont raccordés à rien ?
La solution est apportée en parlant de la fuite du temps, fuites différentes aux époques de la vie, fuites inégales pour tout le monde. Nous entamons aussi les prétextes à la fluidité du liquide, certes, mais aussi fluidité du son et des idées. L’autre solution est de comprendre l’attachement à ce qui se construit, se manipule se fabrique et se détourne. Il faut en arriver à parler d’un art « Noart » : Art tubulaire ou art du tube ? les pensées ressurgissent d’un passé nocturne. Le tube est par essence le sujet de la pénétration et de la fixation de l’un à l’autre. Les objets s’apparentent à des ustensiles pour noctambules, des lieux sont décorés « relookés » mais cette fois encore pour des noctambules. Ceci me fait penser au partage exprimé par G. Durand sur les modalités des choses diurnes et nocturnes4.
Alors « Noart » diurne ou nocturne ?


D’une rencontre majeure5, l’oeuvre se vitalise et va se matérialiser. Une entente ne fait pas un système de pensée artistique. Il y faut de l’adhésion et une forme de soumission à ses propres désirs. Être en parallèle, même avec le plus important des personnages, modifie le comportement, mais ne fait pas une création solide6.


De l’esprit « école d’art » ne reste que le souvenir du dessin net et précis, une habileté à concevoir. Les mains veulent assembler, l’esprit rode les histoires à


3 Vocable/titre emprunté dans le fascicule « Noart, 10 ans de tôle. »
4 Gibert Durand, Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Dunod, Paris 1992, p202 à 209, § Le régime diurne de l’image.
5 Olaf Stencini,10 ANS DE TOLE, N2 Publishing, « Art dans la ville » Paris 2006. AGIC Colombes, Imprimeur.
Arnaud Lucet rencontre en 1996 Jérôme Mesnager, l’artiste de rue avec ses bonshommes blancs, performer de l’art urbain des années 1980/1990. Il abandonne sur le territoire du Monde son double anonyme et décharné sur tous les murs importants de la planète. L’entente entre eux est instinctive. Pour Arnaud Lucet devenu « Noart » c’est une confirmation autant qu’une révélation : artiste, il a voulu être. Artiste, il sera. En fait, il est son modèle de vie.
6 Il me sera démontré que Camille Claudel est géniale, sauf à savoir que c’est Monsieur Rodin le génie N’importe qui à côté de ce Monsieur avec un sens artistique développé travaillant dans son aura sera aussi démonstratif et performant (comme nous dirons maintenant) que n’importe quel autre dont le comportement s’acclimatera du maître. Reste que Monsieur Rodin est un sculpteur et un dessinateur de génie, tout autre à côté se modèlera à lui. La folie ne saurait être une excuse artistique, tout au plus la certitude d’un pouvoir extra sensoriel abouti.


raconter, le corps à communiquer. Les tubes de cuivre sont les traits de crayons acérés à la manière d’un graveur quand le trait noir se couple à une creusure pour la lumière immédiate. Les masses de matières récupérées, sont ré-assemblées. Elles donnent naissance à des objets aux noms et descriptions apparemment certaines. Le langage n’est pas le même. Chaises, bureaux, lampes sont des mots dont il faut se méfier. Ils sont le complément à structure, volume, occupation de l’espace. Ils sont présents pour rendre une crédibilité, oserions-nous dire commerciale, à l’objet nouveau-né. Les cabines téléphone inventées répondent (dans le vrai sens du terme) à ce besoin de faire interagir les regardeurs. Les lieux et les côtoiements des installations ont aussi leur pouvoir de subjectivité dans cette intention ordonnée de provoquer un retour du spectateur utilisateur. Système dialogique.


Aucune innocence et naïveté, contrairement à d’autres artistes, n’est décelable dans l’ensemble des projets, dans toutes ses oeuvres. Toutes les périodes, au demeurant très courtes dans une échelle de temps relativement compressée, ont leurs lots de manipulations d’objets connus, reconnus. La participation en groupe est un manifeste et aide à progresser vers des lieux de composés entre technique, fausse technicité, actions et réactions incongrues. Tout est représenté, mais ne sert strictement à rien, c’est de l’Art, du grand ART. « Noart » ne veut pas avouer implicitement, mais son amusement est premier dans la provocation des esprits dans ce tabouret « Tam Tam7 » à ventilateur, dans cet accessoire de théâtre pour le « procès de Dorian Gray » et ces cabines téléphones qui vous insultent, combinés téléphoniques suspendus détournés en « Boîtes à conneries » installées dans un même espace.


(…)
Si je me permets de suivre graduellement un objet de la collection dans ses changements successifs, le progrès uni de ma pensée me fera attribuer une identité à la succession8, puisque c’est par un acte semblable de l’esprit que je peux considérer un objet invariable. Si je peux considérer la situation après un changement important, le progrès de ma pensée sera rompu ; de sorte que c’est l’idée de diversité qui va se présenter à moi.


Devant ces résultats, les imaginations vont simuler quelque chose de mystérieux et d’indivisible qui sera supposé rester le même sous toutes ses évolutions : et ce quelque chose d’inintelligible s’appellera substance ou matière originelle et première. Il entretient une notion semblable à l’égard de toutes ses


7 « TamTam » siège mythique du début des années 1970 en polyéthylène. Exposition collective itinérante sur le thème de « hommage et relance d’un objet culte » 2003.
8 « Noart », Les boîtes à conneries, exposition « récup » Paris 2004, Combinés téléphoniques : tous les mêmes, tous différents.


trouvailles, notion de simplicité des substances. Soit des objets parfaitement simples et indivisibles qui se présentent en compagnie d’autres objets dont les parties coexistantes sont ou seront liées ensemble pour une forte relation : il paraît évident que les actions intuitives devenant intentionnelles quand il considère les uns et les autres de ces objets ne sont en rien très différentes.
Son imagination conçoit les objets simples d’un seul coup, presque sans peine, par son seul effort de pensée, sans changement ni variation. C’est pourquoi, la couleur, la forme, la solidité et les autres qualités, auxquelles il est nécessaire d’y ajouter le son et pourquoi pas le goût, sont combinées dans une pièce de son oeuvre. Elles ne forment qu’une seule oeuvre, qu’une seule chose ; et cela en cette raison de leur étroite relation qui fait qu’elles affectent la pensée de la même façon.


Il suffit que l’artiste, et bientôt le regardeur, surprenne l’objet dans une autre manière, un autre éclairage pour trouver que toutes les vertus premières des objets deviennent étrangères, appréciables et dissociables les unes des autres. De ce fait l’objet commande, devient une chose inconnue, évolue en une matière simple et originelle. Elle est une substance comme principe d’union et de cohésion qui va attribuer à l’OBJET de l’oeuvre entière, objets composés, la potentialité d’être appelé une unique chose, malgré les diversités et les identifications dans les compositions.


L’autre façon de voir un artiste est la découverte consentie de son lieu de vie de créateur9. Une surprise par rapport à ce que nous pouvons attendre d’un artiste conceptuel : le lieu est méthodiquement divisé en trois parties. Relier cela à Noart est indispensable dans cette mesure où nous avons découvert avec cette histoire de tube et de technique de plomberie un système de pensée cartésien souvent et en parallèle un système d’impulsivité face à des matériaux récupérés qu’il va bien falloir maîtriser. Dualités.


La démarche du territoire spécifique implique des arrêts dans la méthode d’évolutions. Comment expliquer un atelier avec son râtelier d’outils son établi propre en attendant un service (comme dans la cuisine d’un grand chef ou un atelier d’horlogerie) et la pièce d’à côté qui regorge de produits entassés ? La réunion des


9 Pour toutes mes rencontres, la solution à une compréhension de l’artiste et de son oeuvre est passée par la visite de l’atelier. À quelques exceptions près. Les territoires m’ont toujours apporté des renseignements capitaux pour inclure ma rencontre dans un lien social.


deux surfaces est l’exhibition des oeuvres, résultats de cogitations et de réalisations. Les trois parties sont nettes et distinctes. Il faut du temps à un « étranger » pour accéder au-dessous de la vie quotidienne.


(…)
Toute son expérience se retrouve dans son territoire. Toute son expérience est dans son territoire qui est réellement sa source de production et sa différence, si essentielle entre l’activité artistique et intellectuelle, ne porte que sur le matériau utilisé. La rue est sa prémisse, les ateliers son refuge à concrétiser. L’entredeux est son territoire de cogitations verbales, expérience esthétique et expérience imaginative. Car toutes ces interactions sont de nature vivantes et fourmillantes avec son environnement.


C’est dans cet endroit que sa conscience artistique recèle et va développer sa qualité inventive et excitée. Elle ne devient consciente qu’en formant la matière d’une perception chargée de significations dérivées de ses intuitions antérieures ou surgissant dans l’immédiateté.
Noart : précis, agitateur, prestidigitateur d’image10, assembleur et rassembleur. Artiste « électron libre ».


10 Prestidigitateur : en voyant et analysant les oeuvres, les images et les transformations d’images nous sont apportées. Les solutions pour y parvenir ne sont connues que de lui au même titre que ces artistes (de cirque ou de foire) qui montrent beaucoup et ne dévoilent évidemment rien.

 

 

 

 

 

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