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Série libraries

 

Lorsqu’on évoque le terme « bibliothèque » en art contemporain, deux œuvres majeures s’imposent à l’esprit, comme des points de départs pour explorer ce thème : la bibliothèque d’Anselm Kiefer – The High Priestess : Land of The Two Rivers (1985-89) et, de Micha Ullman,  la Bibliothèque sous-terraine de la Bebelplatz à Berlin (1995). Ces œuvres sont en réalité des mémoriaux – l’un comme berceau de la civilisation mésopotamienne, l’autre comme témoignage des autodafés le 10 mai 1933. Dans les deux cas, le concept de « la bibliothèque », en tant qu’entrepôt du savoir humain, de la recherche et de la création, semble s’écrouler et ce qui demeure prétend témoigner de la vacuité du présent.
Dans ce contexte, les bibliothèques photographiées par Amitai-Tabib – musées qui portent et préservent ce que l’humanité a emmagasiné au cours de son existence, et malgré son existence – sont présentées avec une idée de la tranquillité et du bien-être. Ses bibliothèques sont vides de tout utilisateur.
Point de personnage ; seuls les aménagements prévus pour lui (une chaise déplacée qui attend son occupant ; une lampe de table) attestent qu’il n’est pas encore arrivé, à moins qu’il ne soit déjà parti. Néanmoins, la mesure de la culture humaine y est clairement palpable : les espaces sont organisés avec méticulosité, avec une symétrie bien équilibrée tandis que le maillage géométrique des allées d’étagères sans fin semble proposer un cadre à la photographie. La lumière qui revient par les fenêtres et les portes souligne avec netteté les dispositifs architecturaux. L’extérieur, pour sa part, reste presque toujours hors du champ et laisse l’idée de l’intimité voire de l’enfermement prédominer dans toutes les œuvres.
Dans presque toutes les photographies de cette série, Amitai-Tabib parvient à cacher plusieurs détails de la bibliothèque, qui se trouvent comme incorporés, absorbés par l’espace devenu à son tour un site sacré imposant le silence à qui le pénètre. Et en même temps, l’atmosphère énigmatique du lieu semble se diriger vers le dehors, mystérieux et visionnaire. 
Cette oscillation entre le sentiment d’être enfermé sans possibilité de sortie et cette lumière si travaillée qu’elle suscite un infime tremblement nous est familière puisqu’elle appartient à une autre bibliothèque, considéré comme une des principales réalisations architecturales de la renaissance : la bibliothèque Médicis à Florence. Ses célèbres escaliers ont profondément influencé la conception du sublime de Mark Rothko et influencé les peintures murales qu’il avait prévues pour le restaurant « Four Seasons » du Seagram Building à New York, juste à son retour de Florence en 1959 : « après y avoir travaillé pendant quelques temps, j’ai réalisé que j’étais inconsciemment sous l’influence des murs de Michel-Ange dans la montée d’accès à la bibliothèque Médicis de Florence. Il était parvenu à atteindre cette idée que je poursuis – donner au spectateurs le sentiment qu’ils sont piégés dans une pièce dont les portes et fenêtres ont été murées, si bien que la seule chose à faire est de se taper la tête contre les murs ».

Mordechai Omer

 

Extrait de la préface du catalogue de l’exposition Libraries à l’université de Tel Aviv (Genia Schreiber University Art Gallery, 2001)

 

 

 

 

 

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