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PHILIPPE HUART

 

 

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Philippe Huart : Junkfood

 

Les bonbons, ces récompenses ciblées pour enfants sages deviennent corrosifs, chez Philippe Huart. Il les associe à des mots d’argot anglais avec lesquels il crée un rapport détourné, imagé ou réel, concernant la drogue et ses usages. Nixon affirmait que Tim Leary, l’inventeur du L.S.D. était « l’homme le plus dangereux d’Amérique ». Dangereux pour qui, au juste ? « Pour le projet d’un état policier international, sous couvert de guerre totale contre la drogue » comme l’écrivait William S. Burroughs qui s’y connaissait rudement bien en toxicomanie. Le bonbon aussi nocif que la drogue ? Dans cette série appelée « junkfood », Huart ne donne pas de leçon, mais use d’une métaphore poétique où sucres d’orge, guimauve, sucettes gélatinées ou gélifiées, réglisses, « bling-bling » sont à l’image d’une société aveugle devant le mal qui la ronge comme le sucre qui creuse la cavité de la carie et pourrit tout.
Après le « fast-food » voici venu le temps du « junk-food », qu’on peut traduire par « nourriture de bas étage » faite de pizzas en carton, de cacahuètes grasses, de douceurs acidulées, toute cette panoplie du spectateur de base du petit écran made in USA.
Les recherches du peintre se focalisent sur la quantité des produits et présentent un monde moelleux et populaire, coloré et compact d’images, de dragées, de toffees, de gourmandises, de caramels, de pralines et de sucreries qui marient onctueusement le rêve à la réalité. Les bonbons envahissent tout et s’entassent comme à l’intérieur d’un bocal de confiseur. Nous sommes la proie d’une gourmandise incommensurable, aguichés par des couleurs et des matières kitch comme celles de peluches synthétiques, de jouets rutilants ou de produits artificiels.
Les friandises semblent pénétrer le tissu même du tableau qui est «  teinté d’azur, glacé de rose, lamé d’or… » La toile poreuse dégage non plus l’odeur de l’huile de térébenthine mais des parfums d’acides et de glucose comme un rappel baudelairien suscité par ces gâteries dont « le souvenir enivrant voltige, cher poison préparé par les anges… »
Les détails sans concession des œuvres, faits de jeux de reflets de sachets plastiques translucides, et de froissages de papiers moirés couleur de rose et de bleu mystique semblent mêler le son à la lumière.  Les toiles donnent vie à un univers fantasmagorique de méchant rêve, de « bad trip » aussi puissamment évocateur de la mort que les vanités du XVIIe siècle. On suce, on mâche, on mastique… Le bonbon a remplacé le sablier ou la tête de mort pour symboliser les vices de l’homme et sa douceur traîtresse a un arrière-goût de perdition et de néant. Les mots inscrits au centre comme une légende questionnent : « dizzy » (vertige), « rainbow » (arc-en-ciel), « dosed » (chargé)… et accentuent l’impression de malaise provoquée par le remplissage méticuleux du support où l’air ne circule jamais. On suffoque. Le mal, c’est ce qui abaisse ? Bien au contraire, avec Huart, l’étrange, c’est que le mal puisse, non pas élever, mais peut-être nous faire grandir.

 

Renaud Faroux

 

 

 

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